Kering passe de l’ivresse Gucci à la rigueur budgétaire. Après -93 %, place au grand rangement.
93,6 %. C’est le genre de chiffres qu’on ne met pas en vitrine. C’est pourtant celui que Kering a affiché le 10 février : un bénéfice en chute libre de 93,6 % en 2025, tombé à 72 millions d’euros. Pour un groupe qui pesait encore 1,13 milliard d’euros l’an dernier, et 3,6 milliards en 2022… c’est peut-être ça une cure d’humilité ?
Les ventes, elles, reculent de 13 % à 14,67 milliards d’euros. Tous les chemins mènent à Rome, oui, mais dans ce cas-ci, il y en a un sacré paquet qui mènent à Gucci. La marque pèse encore 41 % des ventes et plus de 60 % du résultat opérationnel. En revanche, ses revenus sont passés de plus de 10 milliards en 2022 à 6 milliards en 2025. Le prophète a dit : quand votre locomotive se prend pour un wagon, c’est tout le convoi qui ralentit.
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C’est Luca de Meo, ex-Renault débarqué en septembre 2025, qui promet, ce 10 février, une “feuille de route” claire pour le Capital Markets Day du 16 avril 2026. En attendant, il fait ce que font les dirigeants sérieux quand le storytelling ne suffit plus : il vend des actifs et serre les boulons. La division beauté part chez l’Oréal pour 4 milliards d’euros. L’immeuble de la Cinquième Avenue à New York est cédé pour 766 millions. La dette nette recule à 8 milliards, et surtout, 20 % des magasins baisseront le rideau d’ici 2028, avec une centaine de fermetures supplémentaires dès cette année. Moins de vitrines, ça veut dire plus de marges au mètre carré.
Côté création, on veut croire au renouveau. Les premières pièces de Demna chez Gucci seraient “bien reçues”. Le quatrième trimestre est moins mauvais que le précédent. Pas flamboyant, mais moins inquiétant. En Bourse, c’est tout ce qu’il faut : l’action a bondi de 11 % le jour de l’annonce.
Hors Gucci, Kering tient la ligne. Yves Saint Laurent reste stable. Bottega Veneta maintient ses 1,7 milliards. Balenciaga, lui, demeure un point d’interrogation. Le vrai sujet, pourtant, est ailleurs : Kering tente de redevenir un groupe équilibré, et non un holding émotionnellement et financièrement dépendante d’un seul logo.
On va se le dire : on n’est pas tout à fait face à une renaissance. On est face à un inventaire. Un tri méthodique entre désirabilité et discipline financière. Dans le luxe, la marge suit le rêve. Encore faut-il que le rêve fasse recette.

