Pst… le luxe a branché l’imprimante
- Marion Prost

- 2 days ago
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Dans le luxe, l'artisan avait la main… avant d’avoir l’imprimante à côté. Des sneakers Gucci aux montres en titane imprimé, la fabrication 3D commence doucement à infiltrer la mode. À qui de prévenir les puristes ?
Fut un temps où le luxe jurait uniquement par deux choses : la main de l’artisan et le récit qu’on racontait autour. Aujourd’hui, un troisième invité s’installe à la table : l’imprimante 3D.
Moins une lubie de designers futuristes ou de start-ups enthousiastes, c’est McKinsey qui partage le fait que le luxe a connu, ces cinq dernières années, une croissance annuelle d’environ 5%, portée par une demande mondiale toujours plus large et parfois plus jeune. Le secteur va bien, donc c’est le moment d’annoncer qu’il invente le futur.
Dans l’industrie de la mode, les premières expérimentations ont déjà commencé. Dior3 développe des montures de lunettes imprimées, tandis que Gucci a testé un sneaker appelé Cub3d, construit autour de structures géométriques qu’une fabrication classique aurait du mal à produire. La promesse de la technologie a tout pour séduire : créer des formes complexes, alléger certaines pièces, et produire plus rapidement de petites séries.
Pourquoi cet intérêt soudain ? D’abord, pour le design : l’impression 3D permet de produire des formes complexes qu’une fabrication classique aurait du mal à reproduire. Dans un secteur où tout se ressemble très vite, fabriquer quelque chose que les autres ne peuvent pas faire reste un avantage toujours respectable.
Ensuite la vitesse. Les collections vivent désormais au rythme des capsules, des collaborations et des drops. Produire rapidement de petites séries deviendrait-il plus important que produire beaucoup ? La fabrication additive offre un outil pas peu intéressant : moins de prototypes, plus d’agilité, et la possibilité de lancer des objets très spécifiques sans avoir besoin de toute une chaîne de production.
Reste le paradoxe : le luxe repose et a toujours reposé sur l’idée de la rareté. L’impression 3D, elle, vit d’une idée tout aussi simple : fabriquer plus facilement. Mais les maisons ont très vite compris comment jouer la partition. La machine ne sert pas à produire plus, ce serait vulgaire. Elle sert à produire autrement. Des lunettes un peu techniques, des accessoires très dessinés, des objets suffisamment complexes pour que la conversation tourne autour de l’innovation plutôt que du volume. La production reste limitée pendant que le discours devient futuriste. Chacun son métier.




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