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Marion Prost
8 septembre 2026
À vaincre sans péril, à déprimer sans piscine : avec « Tony », Rumena Bužarovska prouve que le ratage n’a pas besoin d’un grand standing pour mériter de bonnes pages.
La crise de la masculinité possède un charme tout à fait littéraire, avec ses codes, son décor, et sa carte des vins. Le type déprimé mais bien habillé, la fin de la trentaine qui saigne encore de ses conquêtes, le tout écrit entre un Boeing et une piscine à débordement : Ibiza en juillet, New York en éternel automne. La déchéance masculine, dans nos lettres, a toujours eu un budget voyage. On ne sombre pas, on décolle : Rumena Bužarovska, elle, n'a pas donné un centime à Tony pour son billet d'avion. Il rate sa vie à Skopje, dans l'appartement où il a grandi, avec les mêmes trottoirs, la même famille, le même ciel gris qui ne fait même pas l'effort d'être mélancolique, juste couvert.
L’autrice a choisi comme héros l’emmerdeur, et nous aurions tort de lui en vouloir. Tony, le héros de son premier roman, approche la vie avec une certitude que cinquante années d’existence n’ont pas réussi à contrarier : il mérite mieux. Mieux que sa compagne, mieux que ses vacances, mieux que cette succession de déceptions dont il constitue pourtant le seul élément permanent. Il se prête une âme de rock star et un physique assorti, malgré une consommation de kebabs et de bières qui mériterait au moins un second avis. Sa chemise zébrée et son pendentif en dent de lion nous renseignent sur le reste.





































