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Mitchell Johnson, l’artiste le plus chanceux de la rue de l’Université ?

Que faut-il vraiment pour être exposé dans une galerie parisienne : du talent, de la patience, ou un email bien formulé ? En passant à la Galerie Mercier, rue de l’Université, où Mitchell Johnson est exposé jusqu’au 21 mars, je découvre quelques petites vérités.  


Il a 28 ans, il veut être exposé dans une galerie du Ve arrondissement, et il rentre au 40 rue de l’Université, à la Galerie Mercier, pour voir l’espace, le galeriste, Grégoire Mercier, et surtout, les œuvres. Il regarde, parle un peu à Mercier, et lance plein d’espoir : « Je suis peintre. ». Coup de bol, le galeriste jette un coup d’œil aux œuvres. Pas de bol, c’est non, il n’a pas de créneaux pour les expos dans les prochains mois, voire les prochaines années. 


C’est une scène qui se répète assez régulièrement, parait-il, et le « non », selon Mercier, est toujours un peu dur. Mais pour un peintre, demander d’être exposé fait partie du métier. Sauf pour Mitchell Johnson, qui fait figure d’exception très propre sur elle : dans son cas, c’est Mercier qui l’a appelé pour l’exposer dans sa galerie. Il n’est pas suffisant que Johnson ait un paquet de talent, il a aussi la chance d’avoir été sollicité pour afficher ses œuvres dans ce fameux Ve arrondissement. Mais voilà la première des petites vérités des galeries d’art : les artistes ne sont que très rarement sollicités. 


Dans la vraie vie des galeries, les artistes ne sont pas découverts par hasard tous les mardis après-midi. Les artistes regardent souvent par politesse, mais restent que les murs sont limités et que les calendriers sont souvent pleins. 


Deuxième petite vérité : une galerie est aussi une machine à trier

On romantise beaucoup la rencontre entre un artiste et un galeriste. Comme si tout pouvait se jouer sur un coup d’œil, une illumination très rive gauche. En réalité, bien que Mercier affirme que les collaborations doivent être faites comme une relation amoureuse, comprenez que les deux parties doivent être aussi motivées l’une que l’autre, les contrats sont plus construits. Une galerie montre, bien sûr. Mais elle sélectionne surtout. Elle construit une ligne, un réseau, une clientèle, et de cette chose très Saint-Germain qui consiste à emballer le commerce dans de la conversation. Le marché de l’art contemporain, vu depuis la rue de l’Université, n’a rien d’un coup de foudre permanent. 


Troisième petite vérité ; les galeries regardent beaucoup les autres galeries

Rue de l’Université, rue de Seine, et autres rues du Ve arrondissement, plusieurs galeries se succèdent presque porte à porte. On pourrait croire à une compétition permanente. En réalité, Mercier partage le fait que quand une galerie vend, les autres trouvent ça plutôt rassurant. Ça veut simplement dire qu’il y a encore des acheteurs qui passent leur après-midi à regarder les tableaux à Paris, et avec un peu de chance et de bon goût, repartent avec. 


Alors Mitchell Johnson, peintre le plus chanceux de la rue de l’Université ? Il faut dire que le personnage aide. Peintre américain, installé depuis longtemps dans une peinture très construite, presque architecturale, Johnson peint surtout des paysages, des façades, des ports, des horizons qui vont de Paris à la Californie, où la lumière fait une grande partie du travail. Une peinture pas bruyante mais solide, de la famille qui rassure les collectionneurs sérieux, ceux qui aiment acheter un tableau comme on achète une bonne maison : parce qu’il tiendra dans le temps. 


C’est peut-être là que la chance rejoint le marché ? Johnson arrive dans une galerie installée, sur une rue où les acheteurs savent déjà pourquoi ils se promènent. Les murs sont bons, la galerie encore plus, et la clientèle a tout l’air de comprendre le langage. Pendant ce temps, ailleurs dans Paris, des artistes frappent à des portes avec un portfolio sous le bras et l’espoir un peu fragile. Chez Mercier, Johnson arrive par invitation. 


Je me dis que c’est là que la chance s’arrête et que le reste commence. Une galerie peut appeler un artiste, bien sûr. Mais ça m’étonnerait qu’elle le fasse pour être gentille. Autrement dit, Mitchell Johnson a peut-être eu la chance d’être invité, mais il a surtout eu la bonne idée d’être exactement le peintre qu’une galerie a envie d’inviter. Et dans le marché de l’art ce n’est pas de la chance. C’est le métier.

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