Josiane Balasko et Marilou Berry dans « Ça, c’est l’amour » : ça fait bifurquer le vaudeville
- Marion Prost

- Mar 9
- 2 min read
Qu’est-ce qui fait une pièce de théâtre ? Un décor ? Il y en a un. Une unité de lieu ? Respecté comme un règlement de copropriété. Des comédiens solides ? Indiscutablement. Et pourtant…
Le rideau du Théâtre des Bouffes Parisiens se lève sur un salon pas complètement rangé, sapin de Noël Ikea, table encombrée : la fatigue ordinaire du temps de fête. Dans « Ça c’est l’amour », Frédérique, jouée par Josiane Balasko, débarque chez sa fille Mathilde, elle, campée par Marilou Berry, avec l’énergie d’un personnage de boulevard qui s’ignore. Le public, conditionné par quarante ans de comédie à la française, s’installe confortablement dans l’idée qu’il va rire. Balasko sur scène, c’est un contrat moral. Mais c’est dangereux, hein, la certitude.
Très vite, la mécanique change de nature. Les silences deviennent plus lourds que les répliques. Les gestes comptent davantage que les effets. On a compris avant même qu’on nous le dise. Le mari n’est pas encore apparu qu’il est déjà très présent dans l’atmosphère.
Ce qui trouble n’est pas le sujet, puisque la violence conjugale est désormais un thème théâtral dans l’air du temps, mais la manière. Le texte ne cherche pas à perdre le spectateur. Il l’oriente plutôt. On n’est pas du tout pris au piège d’une tragédie, mais on assiste à la révélation progressive d’une vérité dont on connaît déjà la conclusion. Ce n’est pas du tout un défaut : c’est un choix esthétique.
La tragédie classique, on peut dire Molière ou Racine pour faire court, reposait sur la tension. Le spectateur ne savait pas exactement quand ni comment le masque tomberait. Même chez Yasmina Reza, l’intérêt tient dans le sous-texte : on ne sait jamais tout à fait qui a raison.
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Ici, on le sait, ce n’est pas trop compliqué. La pièce n’a pas joué avec le doute, mais avec les sous-entendus. Elle met l’emprise en scène comme on monte des panneaux lumineux. Personnellement, je n’ai pas cherché l’évidence : j’attendais la confirmation. C’est charmant, une pièce qui n’a pas besoin de métaphore gréco-romaine ni de foudre racinienne.
On était venu pour Balasko. On n'est pas déçu, et on repart avec Mathilde. Le boulevard bifurque, sans clignotant, vers le huis clos. Je me dis bien que c’est ça, le coup de force : transformer le confort du rire en inconfort du silence, sans jamais trahir le public. Deux morales à l’histoire, donc : les signes ne sont pas si souvent trompeurs, et le vaudeville a changé d’éclairage.
« Ça, c’est l’amour » au Théâtre des Bouffes Parisiens, jusqu’au 26 avril 2026.




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