Pst… Swatch n’a pas besoin d’actionnaires curieux
- Marion Prost

- 13 hours ago
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Un investisseur américain arrive avec des tableurs sous le bras et repart avec une leçon de souveraineté. Chez Swatch, quand les résultats vacillent, pourquoi changer d’architecture ? On ajuste l’heure, pas le cadran.
Il y a des choses qui ne se font pas en Suisse. Parler fort dans un train, mettre du ketchup dans la fondue, ou arriver de New York pour dire à la famille Hayek comment gérer ses montres. Steven Wood, investisseur et activiste américain et fondateur du fonds GreenWood Investors, a quand même essayé, pour la deuxième année consécutive, d’obtenir un siège au conseil d'administration de Swatch. Il a été rejeté à 79,6 %. Pas trop cordial, ça, comme gifle.
Sur le papier, pourtant, Wood n'avait rien du touriste venu acheter une MoonSwatch à l’aéroport de Genève. Les principaux conseillers en vote, soit ISS, Glass lewis, Ethos, soutenaient sa candidature. Les actionnaires minoritaires aussi : plus de 80 % des détenteurs d’actions au porteur ont voté pour lui. Mais Swatch possède cette mécanique très suisse qu’on appelle une structure à double catégorie d'actions : la famille Hayek détient environ un quart du capital mais presque 44 % des droits de vote. Une manière innovante de pratiquer la démocratie tout en gardant les résultats prévisibles.
Du côté des Hayek, on explique que Wood ne serait pas un candidat « approprié » parce qu'il est américain, siège au conseil du groupe de défense italien Leonardo, et n’aurait « aucun lien avec l’industrie suisse ». Un argument charmant quand on sait que le luxe adore vendre une idée mondialisée du prestige, mais devient soudain protectionniste dès qu’un investisseur demande où est passé l’argent.
Car l’argent, justement, s’est un peu volatilisé. Le bénéfice net du groupe a chuté de près de 90 % l’an dernier. La marque qui avait révolutionné les années 80 avec ses montres en plastique pop et futuristes ressemble aujourd’hui à cette personne qui raconte encore ses meilleures soirées Erasmus à 47 ans. Sympathique, c’est sûr, mais préoccupant.
Il faut reconnaître une chose à Steven Wood : il choisit un moment particulièrement compliqué pour expliquer à Swatch comment redevenir désirable. Car pendant que l’investisseur américain parle gouvernance, rentabilité et réforme du conseil d’administration, le groupe suisse prépare les barrières des files d'attente de son nouveau lancement avec Audemars Piguet. Sacré Swatch. Les analystes parlent d’effondrement du bénéfice net, d’action massivement shortée et de problèmes structurels ; Swatch répond avec une Royal Oak en biocéramique. Quand la maison brûle, sortir une édition limitée.
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Et au fond, tout le monde a raison. Steven Wood veut rationaliser une entreprise qui fonctionne encore en partie sur l'irrationnel, Swatch, elle, continue de prouver que l'irrationnel peut très bien payer les loyers. Entre les deux, il n'y a pas vraiment de débat. Il y a juste un fuseau horaire.




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